Archives du mot-clé amour

Violence : le choix noir

Photo France 3
Photo France 3

La version audio dans le Blog-Notes de Radio Notre-Dame (passez trois minutes).
Bon là commence à faire beaucoup non ? 800 casseurs, 41 personnes en garde à vue, 28 policiers blessés, 11 parmi les manifestants. Eh oh, il va falloir dire stop. Signalons tout de même au passage qu’il ne s’agit que d’une minorité. Mais je ne peux pas croire qu’il n’y ait pas une forme de complicité. Pourquoi les manifestants se retrouvent-ils débordés par des casseurs ? Ils ne peuvent ignorer que certains veulent en découdre, je n’arrive pas à y croire. Et c’est là que se pose la question de ce choix, de cette possibilité qui s’offre de choisir la violence ou pas. Quelle tristesse de se sentir obligé de passer par là ,parce qu’on n’a pas les mots, et que l’on imagine que c’est la seule solution. Et pourtant, les solutions, elles existent, et l’Histoire est riche d’exemples de grandes figures qui ont choisi la non-violence : Ghandi qui a tout de même obtenu l’indépendance de l’Inde, Mandela, la fin de l’Apartheid, Martin Luther King, les droits des personnes noires et enfin plus près de nous, Aung San Suu Kyi, en Birmanie, où l’on assiste aux prémices d’une démocratie. Alors, question à 20 centimes d’euro : quel est le point commun entre toutes les grandes figures que je vous ai citées ? Tic, tac, tic, tac, tic, tac…

Eh bien c’est une force intérieure incroyable puisée dans une spiritualité, à travers la lecture, la méditation ou la prière. Ils ont été également prêts à d’énormes sacrifices pour mener à bien leurs combats. Car la non-violence est un choix bien plus exigent que la violence, et pour ce faire, il faut de sacrées ressources spirituelles. C’est choisir la Lumière, même si elle est toute faible, et non les ténèbres.

Alors comment sortir de ce bazar ? Personnellement je rêve d’une fraternisation avec la police (et pourquoi pas ?). Mais je pense surtout que cela dépend de chacun de nous et de notre capacité à cultiver et développer notre vie intérieure pour qu’elle rayonne sur les personnes qui choisissent la haine. Si chacun au quotidien pose des actes de paix, cela contaminera le monde. Je constate actuellement sur l’application Périscope dont je vous ai déjà parlé une onde de bienveillance, de positive attitude, de bonne humeur qui est en train de monter. S’il y a des personnes mal intentionnées sur les réseaux sociaux il y a aussi beaucoup de personnes qui veulent partager leurs talents, leurs savoirs leur énergie. Et cela, c’est un tsunami d’amour que l’on ne va pas pouvoir arrêter.

Sylvie

Périscope hic ?

(c) linternaute
(c) linternaute

En version audio sur Radio Notre-Dame à réécouter ici, en passant 3 minutes.
Il y a quelques semaines une jeune femme s’est suicidée en direct sur l’application Périscope*. Et tout de suite on a senti la levée de boucliers. Le problème ce serait les réseaux sociaux, ce ne serait pas arrivé s’il n’y avait pas ce genre d’outil.  En fait on n’en sait rien ! Réagir comme cela c’est prendre le problème à l’envers, le hic n’est peut-être pas là où l’on croit.  Le vrai sujet selon moi est plutôt : qu’est ce qui pousse aujourd’hui une jeune femme de 19 ans à mettre fin à ses jours ? Périscope ou pas. Le focus est mis sur ce cas mais combien de suicides ont lieu tous les jours en France sans que l’on en parle ? La véritable question n’est-ce pas quelle société nous proposons pour en arriver là ? La jeune femme a évoqué dans une vidéo un viol dont elle aurait été victime. J’ai l’impression que souvent dans les faits divers, il y a derrière des blessures liées à l’amour. Alors je me demande si ce n’est pas l’amour qui est malade et non les réseaux sociaux. L’image de l’amour surtout, tellement abîmé, galvaudé, usurpé par la télé,  internet et l’industrie du porno. Pour moi le vrai sujet est là. Daniel Balavoine chantait : qu’est-ce  qu’il pourrait sauver l’amour ? La question reste là.

Et les excès que l’on constate sur les réseaux sociaux sont clairement liés à  des blessures  de l’amour. Des blessures affectives mais aussi des blessures narcissiques. La quête d’être aimé  est telle qu’elle se traduit par une quête de reconnaissance, un besoin de valorisation qui pousse certains à chercher les limites. On peut parfois assister à des défis idiots qui peuvent mettre en danger la vie de jeunes.

Alors les réseaux sociaux c’est bien ou pas bien ? Pour moi les réseaux sociaux sont ce dont on a envie d’en faire. Comme l’équipe de France de foot, ils sont capables du pire comme du meilleur. Et du coup je pense que c’est à nous de les investir, de leur donner du sens pour qu’ils nous tirent vers le haut**. Ces réseaux sont là alors au lieu de les diaboliser pourquoi ne pas les diviniser ?  Faire briller la lumière , rayonner la bienveillance, et donner une autre image de l’amour. Le vrai le beau.

En tout cas, j’ai fait ce choix. Et j’ai donc lancé un JT en direct sur Périscope pour regarder l’actualité avec un regard positif et constructif, arrêter de se lamenter et chercher ensemble des solutions.  Tout le monde est invité à participer.  Donc rendez-vous tous les mercredis soir a 20h sur ma chaîne périscope pour construire une société plus harmonieuse , avec plus de <3, où chacun trouve sa place.

Sylvie

*application qui permet de filmer en direct et sur laquelle les internautes peuvent réagir par des commentaires
** Découvrez ici les 80 comptes Périscope francophones à suivre

 

Allez plus haut !

Là haut -PixarA écouter ici sur le podcast de Radio Notre-Dame, passez 3’10

L’Ascension, la fête, qui invite à prendre de la hauteur. C’est parfois ce qui nous manque dans notre vie de tous les jours non ? Le premier réflexe reste souvent de se plaindre, de ne pas voir une situation dans son ensemble et ne pas comprendre que parfois un petit écueil peut cacher une belle surprise ou quelque chose de plus grand. Prendre de la hauteur peut s’adresser surtout aux medias, et à leur façon de traiter l’actualité : ne pourrait-on pas de temps en temps mettre un peu plus les choses en perspective ? Au lieu de nous parler des casseurs soi disant de Nuit Debout, ne pourrait-on pas parler plutôt du formidable élan citoyen qui se passe Place de la République et partout en France. Des idées qui sont en train d’émerger ? Au lieu de nous parler de l’évacuation de Stalingrad, ne serait-il pas envisageable de poser les vraies questions et pourquoi ne pas envisager la solution pour un meilleur accueil des migrants ? L’Ascension c’est un peu le contraire des chaines d’info continu, c’est être invité à voir les choses de manière plus large, plus globale, de manière plus reliée, sans les isoler les unse des autres.

Comme dirait Tina Arena, c’est une invitation à aller plus haut, à se dépasser. Si les réalités d’en bas sont ce qu’elles sont, et si nous sommes appelés à les changer pour rendre le monde meilleur, il me semble qu’il ne faut pas quitter des yeux notre objectif : viser le Ciel. Mais cela ne se fait pas sur un claquement de doigts, cela demande des efforts. Oui on n’a pas rien sans rien.

Viser le Ciel cela signifie se mettre au service, de manière désintéressée. Accueillir le pauvre, soigner, consoler, construire, rêver etc. Viser le Ciel c’est le contraire de l’égoïsme, ce n’est pas en montant sur les autres et en les écrasant qu’on arrivera plus haut. Cela demande de faire des choix, qui sont parfois à contre courant. Cela demande de la persévérance, cela demande surtout de faire confiance. Si nous visons le Ciel, nous ne pourrons pas être déçus, même si le chemin peut parfois être semé d’embûches. Et le chemin le plus direct pour toucher le Ciel, eh bien c’est le chemin de l’Amour. Accueillir l’amour et le donner, je pense que c’est le message de l’Ascension, une fête qui nous rappelle le sens de notre vie : du bas vers le haut.

Sylvie

 

 

Mourir pour vivre

Plante 22 marsLa version audio sur Radio Notre-Dame c’est par ici !
Avec les attentats, c’est comme si la mort, le mal, la souffrance, qu’on aimerait tellement voir disparaître eh bien bam, d’un coup, viennent nous dire : « Coucou on est là ! Vous nous aviez oubliés ? » Ces événements nous rappellent tragiquement que notre vie a une fin, que la souffrance et l’épreuve en font partie. Car nous sommes tous à un moment ou à un autre confronté à la mort. La mort d’un proche, mais aussi la mort d’un projet, la mort d’une relation… Une amie qui était au stade de France le vendredi 13 novembre, et qui a vécu une soirée très mouvementée m’a dit que ce qui avait changé depuis ce moment là, eh bien c’est qu’elle avait accepté l’idée de mourir, l’idée que cela s’arrête un jour. Et c’est cela que nous sommes en train d’apprendre en ce moment : l’acceptation de l’épreuve, de la souffrance et de la mort.

Accepter ok mais que faire ? La première réaction qui m’a le plus marquée sur les réseaux sociaux est celle de la compassion dans la douleur. Consoler : quel beau mot de la langue française ! La réponse à la mort et à la souffrance c’est peut-être prendre soin des uns des autres. Mais sans attendre un malheur pour le faire. Dans ce domaine-là nous avons pas mal de choses à inventer.

Il est tout de même étonnant que ce drame ce soit produit au cœur de la Semaine Sainte. Les évêques de Belgique ont d’ailleurs déclaré : « le Vendredi Saint nous est tombé dessus avec trois jours d’avance. » Je le vois comme un signe très fort pour nous inviter à ne pas nous morfondre et ne pas nous laisser entrainer dans une spirale de peur et de revendications sécuritaires. Au contraire ! Si Jésus passe par l’épreuve de la Croix, par la Passion, c’est pour revenir ensuite à la Vie. Quel paradoxe ! Au milieu des drames, se trouve l’Espérance qu’un monde meilleur. Mais ça je vais vous dire, ce renouvellement de société, il ne dépend pas des politiques, il ne dépend pas du Président ni du premier ministre, il dépend de vous, il dépend de moi, il dépend de chacun d’entre nous, du regard que nous posons sur notre voisin, sur celui qui est différent. Et ce regard, nous devons aller le chercher au fond de notre cœur, là où se trouve la Lumière, la Lumière de la Résurrection, qui vient éteindre à tout jamais les ténèbres de la mort.

Je pense particulièrement aujourd’hui à tous ceux qui souffrent, et qui sont dans la douleur. Qu’ils continuent à croire que l’Amour et la Vie vont triompher.

Sylvie

Vous

bedosLa version audio, passez 2’40, c’est par ici sur Radio Notre-Dame.
Il y a parfois des jours comme ça où l’inspiration ne vient pas. C’est embêtant lorsque l’on est mercredi et que l’on a sa chronique radio le vendredi. Du coup j’ai demandé à mes amis sur Facebook des idées. Et là je peux vous dire que j’ai eu une pluie de suggestions et je remercie tous ceux qui me sont venus en aide. En fait, aucun thème ne me parlait vraiment jusqu’à ce que je comprenne que j’allais faire un sujet sur… les autres. Cela m’a permis à de prendre conscience de l’importance des autres dans notre vie. Je suis particulièrement touchée en ce moment par le livre de Frédérique Bedos, La petite fille à la balançoire, que je vous recommande vivement. Dans son histoire incroyable, les autres ont eu une place fondamentale : sa famille d’abord, ses amis et les personnes que Dieu a mises sur sa route. Les autres sont notre vie, les autres font notre vie. Imaginez les verbes partager, vivre, rire, rencontrer, faire la fête… sans les autres. La vie n’aurait plus de sens

Mais ne nous voilons pas la face Les autres peuvent être merveilleux mais ils peuvent aussi nous paraître très pénibles. Certains diraient infernaux. Il y a des moments où on n’a juste pas envie d’être avec les autres, envie de déjeuner en paix comme Stéphane Eicher. Justement, c’est peut-être lorsque l’on n’est pas d’humeur qu’il peut se passer des choses intéressantes. Je reprends l’exemple de Frédérique Bedos. A certains moments cruciaux de sa vie, où elle était fatiguée, elle n’avait pas envie, elle a été sollicitée pour aller vers les autres, et elle s’est un peu forcée. Eh bien c’est à ce moment-là qu’elle a fait des rencontres incroyables qui ont bouleversé sa vie. Cela veut dire vraiment qu’aller vers les autres demande de s’oublier un peu soi, de faire parfois un effort sur nous même. Et le Carême je pense est la période idéale pour faire cet effort d’accepter l’imprévu. Car c’est peut être cela qui va nous rendre heureux.

Et il se trouve que pendant ce Carême, le pape François nous invite à vivre les œuvres de Miséricorde. Mais tiens ça alors, toutes, absolument toutes sont tournées vers les autres. Ce qui veut dire vraiment que rencontrer les autres, c’est rencontrer Dieu. Et si nous manquons ces occasions, et bien c’est à côté de Dieu que nous allons passer. Et passer à côté de Dieu, c’est passer à côté de notre cœur, c’est passer à côté de l’amour. J’étais hier soir à une veillée de prière avec l’Association Aux Captifs la Libération qui vient en aide aux gens de la rue, et la phrase qui a été retenue est la suivante, je pense qu’elle résume bien cet article : « Nous avons tous besoin les uns des autres ».

Sylvie

Reviens !

LéonLa même chose en audio sur Radio Notre-Dame, passez les 3 premières minutes.

Comme quoi on peut vivre le Carême pendant des années et encore être surprise. Cette année, un mot m’a fait tilter pendant l’homélie de la messe des Cendres, le mot « Revenir » et j’avoue que je n’y avais jamais fait attention. C’est vraiment la Parole forte de ce Mercredi des Cendres : « Revenez à moi, de tout votre cœur ». Et c’est vrai que revenir, même si cela peut être difficile, c’est tout de même très beau comme démarche. Alors, il y a d’abord revenir à soi. Car tout au long de l’année, on a peut-être tendance à nous décentrer de nous-mêmes, à nous éclater, à chercher ailleurs les plaisirs qui finalement ne nous rendent pas totalement heureux. Or, le Carême nous offre une occasion extraordinaire de nous recentrer, de revenir à notre cœur, d’ être à l’écoute pour arrêter de nous perdre dans le monde, qui ne fait que nous éloigner de notre cœur.

Si nous vivons ce chemin de purification, dans le jeûne et la prière, si nous revenons à notre cœur, eh bien nous revenons à Dieu, qui est là au fond de nous. Comme si pendant 320 jours, nous passions à côté de Lui sans trop le voir en lui disant : Oui oui je t’appelle, promis ! Mais qu’au final il ne se passe jamais rien. J’imagine Dieu qui attend plein d’amour notre retour et qui se morfond de nous voir nous éloigner. « Mais reviens ! Reviens ! » Pas toujours évident de revenir. Cela demande de prendre un peu sur soi, d’écouter vraiment ce que nous avons au fond de nous. Mais au final, nous savons tout de même que c’est là que nous obtiendrons la joie en abondance. Dieu nous attend les bras ouverts, et il faut bien 40 jours, pour reprendre ce chemin intérieur, ce chemin qui nous mène vers la Vie.

Et si nous poursuivons la logique, revenir à soi, revenir à Dieu, c’est aussi revenir aux autres. Ceux qui nous sont les plus proches tout d’abord, peut-être en leur accordant plus de temps. Peut-être aussi en regardant nos collègues différemment ou en souriant au SDF au coin de la rue. Revenir, comme le disait le prêtre dans son homélie, c’est se défaire de notre égoïsme, c’est laisser tout ce qui nous empêche d’avancer, d’être heureux, d’aimer. Quelle joie donc d’être en Carême, pour dire à Dieu, ok je reviens, car je sais que c’est pour mon bonheur.

Sylvie

 

 

 

L’urgence est ailleurs

Rabii RammalA ré-écouter sur Radio Notre-Dame.
C’était il y a une semaine, la France vivait un drame terrible. Le dernier jour d’insouciance pour notre pays, car rien ne sera plus jamais comme avant. L’état d’urgence va d’ailleurs être prolongé de trois mois. Mais où se trouve vraiment l’urgence ?
Il y a urgence certainement à préserver notre sécurité, mais il me semble que l’urgence est également ailleurs (tout comme la vérité). Il y a urgence, urgence à remettre du lien dans notre vie, à remettre de l’humain, à nous parler, à exprimer notre solidarité, à se sourire, s’échanger des regards. Il est urgent de revenir à l’essentiel. Et au final l’essentiel c’est d’aimer. Il est également urgent de faire de la philo, de la théologie, de mettre de la culture au milieu de cette ignorance. Il est urgent de mettre de la lumière dans les ténèbres.
Il y a urgence aussi à se sentir ensemble, à agir ensemble, à nous battre ensemble. Ensemble, c’est un mot que l’on a beaucoup entendu ces jours ci. Ensemble, chrétiens et musulmans, unis.

Selon moi, nous assistons en direct-live (sur toutes les antennes) à la fin d’une époque. Avec la gravité de ces événements, nous allons sortir de l’égoïsme, du chacun pour soi, de la course au profit. Mais la fin d’un monde suppose le début d’un autre. Nous allons très certainement, malheureusement, traverser de très lourdes épreuves. Mais nous allons aller vers quelque chose de beaucoup mieux que ce que nous connaissons, quelque chose d’extraordinaire. Je pense que nous allons revenir à notre cœur. Nous allons retrouver ce qui fait la merveille de notre humanité. Et ce que nous avons vu avec #porteouverte, avec les hôpitaux qui ont réquisitionné au dernier moment, eh bien ce n’est que le début également de cette vague d’amour qui va submerger notre pays.

Vous allez me dire que ce type d’élan de solidarité n’a qu’un temps… Là je vous dis que cela sera quelque chose de profond. Quelque chose d’enraciné, de solide, que personne ne pourra détruire pas même les terroristes les plus déterminés. Un tsunami sans précédent, tellement fort qu’il ne pourra s’arrêter. Et c’est assez ironique finalement car les djihadistes vont créer malgré eux exactement l’inverse de ce qu’ils escomptaient. Ils espéraient de la haine, ils auront de l’amour, ils pensaient nous détruire, ils vont nous rendre encore plus vivants.
Et cette vague sera tellement forte, qu’au final, elle pourrait bien finir par les emporter. Car rien n’est impossible à Dieu.

France Algérie : des mots pour des maux

Nous avons commémoré la semaine dernière l’entrée dans la guerre d’Algérie, en 1954 il y a 60 ans, un anniversaire presque passé inaperçu. Qui aujourd'hui en France s'intéresse réellement à l'Algérie ? Qui, hormis les pied-noirs et leurs descendants, hormis ceux qui ont combattu, hormis les harkis et les Français qui en sont originaires qui se soucie de ce pays ?

Avec une grand-mère pied-noir, j'ai comme reçu en héritage, inconsciemment(?), à la fois une attirance, un attachement, oserais-je dire un amour pour ce pays de douceur et de miel, et une déchirure, celle du rapatriement. Cet amour a véritablement éclos et trouvé son sens en 1996 lors de la mort des moines de Tibhirine restés, après l'Indépendance, par amour de l'Algérie et du peuple algérien. J'ai été particulièrement bouleversée par cet événement et j'ai alors compris cette présence comme le symbole d'une possible cohabitation entre chrétiens et musulmans, d'égal à égal. Leur mort violente n'a rendu que plus fort le message de paix qu'ils ont incarné et qu'ils ont malgré tout semé.

L’Histoire entre nos deux pays semble comme une plaie béante, sur laquelle personne n'ose se pencher. Personne ou presque. Deux femmes, Karima Berger et Christine Ray, nées de part et d'autre de la Méditerranée, ont commencé un travail méticuleux et chirurgical. Dans ce livre Toi, ma soeur étrangère, elles mettent un baume réparateur, par leurs mots, elles pansent les blessures mutuelles. N'évitant aucun sujet tabou, elles retissent par leurs échanges sans langue de bois, la toile déchirée. Elles reprennent le fil, défont les noeuds. Elles se comprennent, se reprennent, convoquent les grandes figures du passé, retracent les drames, les vols, la méfiance, l'ignorance, la violence, le mépris… Elles réparent. Leurs paroles apaisent. A les lire, j'ai eu cette impression terrible que les deux peuples étaient passés l'un à côté de l'autre, sans se comprendre, sans se découvrir.

Mais est-il trop tard pour que le passé s’apaise ? Les deux écrivains nous prouvent que non, que le chemin vers la connaissance de l'autre est possible. Une reconnaissance qui passe par un partage culturel, philosophique et spirituel. Et s'intéresser à l'autre, n'est-ce pas s'intéresser à soi ? Connaître l'histoire de l'Algérie, c'est aussi comprendre la France d'aujourd'hui, et nos concitoyens musulmans. Je pense que nous avons un immense travail de réconciliation à faire, avec ce pays, qui est un peu comme notre jumeau de l’autre côté de la Méditerranée. Il faut le mener à bien pour les jeunes d’origine maghrébine qui vivent en France et qui sont perdus entre deux cultures. Des pardons mutuels sont à donner. Et pour cela les écrits des frères de Thibirine peuvent nous aider, pour voir au-delà de la souffrance. Et si l’histoire est parcourue de drames, il est bon aussi de se souvenir qu’il y a eu de belles histoires d’amitié avant l’indépendance, et qu’il est vital de ne pas l’oublier, pour construire l’avenir.

Algérie- France, France- Algérie : comme le dit Karima Berger : "Notre destin est commun". Car aimer la France, c’est aimer l’Algérie et vice versa.

Sylvie

Inch’All’Apôtre

La version audio sur Radio Notre-Dame, elle fait partie du Top 10 
Le film l'Apôtre raconte la conversion d'un musulman au christianisme, donc dès le pitch on sent bien que le sujet va gratouiller. Raison de plus pour aller le voir. Tout d'abord, j'ai beaucoup appris sur les musulmans à côté de qui nous vivons et que finalement je ne connais pas ou très peu. On découvre une communauté d'hommes et de femmes, qui prient, qui s'instruisent, qui travaillent qui vivent, qui aiment. J'ai aussi appris sur le Coran : ce qu'il dit de la polygamie (les hommes doivent traiter chaque femme équitablement), la question de l'aumône, la zakât, qui ne peut être faite qu'entre musulmans, leur sens des traditions, leur hospitalité etc. Quelque chose de terrible est également présenté dans ce film : un musulman ne peut pas se convertir au christianisme, c'est absolument impensable. Dans certains pays, les convertis risquent même leur vie. On découvre ainsi le poids de la communauté, le poids du regard des autres, du jugement etc. Et puis, ce film c'est aussi la joie d'entendre parler arabe, la plus belle langue à mon avis pour parler à Dieu.

Alors, abordons sans tarder LA question qui fâche : est-ce un film prosélyte ? C'est sûr, ce film ne laisse pas indifférent. Plusieurs personnes sont d'ailleurs sorties de la salle, car le message sur le christianisme est particulièrement cash : on y parle de Jésus fils de Dieu, de Jésus Sauveur, de Jésus amour. La figure du prêtre est particulièrement saisissante : il accueille, il écoute, il entre en dialogue. Il est rarissime de voir ainsi l'Eglise présentée dans un film : sans caricature, juste telle qu'elle est. Chapeau à la réalisatrice. Donc non, ce n'est pas un film prosélyte même si le retournement du jeune Akim et ses propos extrêmement engagés peuvent choquer. Mais j'ai un ami qui était musulman qui s'est converti au christianisme je peux vous assurer que son enthousiasme est le même : il parle de Jésus qui le sauve, et parois il nous reproche de ne pas être assez convaincus, d'être trop tièdes, d'être dans la peur. Et ces jeunes musulmans qui se convertissent viennent nous déranger, car il ont fait une rencontre avec Jésus extraordinaire, qui a changé leur vie, et c'est pour nous un témoignage très puissant.

Enfin, j'ai été particulièrement touchée par l'amitié et l'amour qui règnent dans ce film. L'amitié tout d'abord entre Akim et Fabien, grâce à qui indirectement, Akim va rencontrer le Christ. L'amour surtout qui règne dans cette famille musulmane, entre les parents et les enfants, entre la fratrie, la relation des deux frères par exemple est magnifique. C'est sans doute cela qui compte dans ce film, au delà de nos différences, de nos cultures, de nos religions, l'amour qui dépasse tout. Sans être bisounours, en restant réaliste, la réalisatrice réussi le tour de force de nous faire passer ce message. Mais l'amour n'est possible que s'il respecte la liberté. Et en cela le film trouve sa puissance, car c'est sans doute l'expérience fondamentale que vit Akim : li est libéré. Ensuite il y a bien évidemment le pardon, car pas d'amour sans pardon et le rôle fondamentale de la prière. Bref un film qui peut déranger mais qui permet de penser que vivre ensemble est possible. Inch’Allah !

Sylvie

PS : en sortant de la séance, nous sommes tombés sur Touffik Kerwaz, qui joue le rôle de l'imam. Tellement crédible sans son rôle que j'avais encore l'impression de parler au personnage du film. Dans la vie civile, il ne connait pas le Coran par coeur 😉 En tout cas bonne nouvelle, il est partant pour #LightForIraq.
Pour en savoir plus sur le film, rendez-vous sur le site de Cheyenne Carron.

Ca pète

Guerre en ukraine, génocide en Irak, pandémie du virus Ebola, exécution d’otages, l’actualité semble ne vouloir céder la place qu’à d’autres tragédies, mais jusqu’à quand ? En France un événement qui a eu lieu la semaine dernière m’a interpellé, attention, c’est sérieux, le samedi 20 septembre a eu lieu la journée mondiale du prout.

Alors on sait que chaque jour donne lieu à une journée mondiale, mais quelle ne fut pas ma surprise en lisant le Direct Matin de trouver un pub pour la journée mondiale du prout, la grande fête du vent. Au programme : jeux en tous genre, coussin péteur de 25 mètres carrés pour battre un concours, en tout 250 m2 d’animations. Alors, si cette journée peut apporter un peu de potache, ou d’humour dans l’actualité dramatique pourquoi pas – qui n’a pas joué un jour avec un coussin péteur – mais tout de même, pour moi cela en dit long sur une société, une société, fondée sur du vent, bref, une société fondée sur le néant. Il ne faut donc pas s’étonner que cette société perde la boule même si évidemment, le thème de cette journée se veut décalé, je ne pense pas qu’il faille prendre ce type de symptôme à la légère. Cette journée du prout est un révélateur, celui d’un mal-être, d’une société qui ne sait plus ni d’ou elle vient, ni où elle va. De personnes qui se contentent d’être des feuilles mortes dans le vent, où règne la superficialité, où l’on se forge une image, où il faut paraître, avoir le dernier Smartphone à la mode, être bien vu, se taire alors qu’on n’est pas d’accord, courber le dos, baisser la tête, accepter d’être un mouton et finalement se retrouver dans un monde qui ne propose plus rien si ce n’est un concours de pets géants.

Mais le vent fait partie des éléments, on en a besoin ! Le vent lourd, celui que l’on sème pour récolter la tempête non ! Celui qui sent mauvais ? Non ! Mais le vent léger, la brise de l’Esprit Saint, de l’Esprit d’amour, oui ! Car c’est bien de ce souffle-là dont le monde a besoin ! Qui pourra en être le relais si ce n’est nous, en parlant, et en agissant par amour ? Mais c’est aller à contre courant, c’est refuser la médisance, la moquerie, l’entre soi, la méchanceté, le cynisme, le conflit. Comme disait l’Ecclésiaste :

« Vanité des vanités disait Qohèleth. Vanité des vanités, tout est vanité !
… Le vent part vers le sud, il tourne vers le nord ; il tourne et il tourne, et recommence à tournoyer. »

Alors ne nous attachons pas à ce qui est vain et ce qui passe mais à ce qui reste, faisons en sorte que nos vies ne soient pas du vent.

Sylvie