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L’urgence est ailleurs

Rabii RammalA ré-écouter sur Radio Notre-Dame.
C’était il y a une semaine, la France vivait un drame terrible. Le dernier jour d’insouciance pour notre pays, car rien ne sera plus jamais comme avant. L’état d’urgence va d’ailleurs être prolongé de trois mois. Mais où se trouve vraiment l’urgence ?
Il y a urgence certainement à préserver notre sécurité, mais il me semble que l’urgence est également ailleurs (tout comme la vérité). Il y a urgence, urgence à remettre du lien dans notre vie, à remettre de l’humain, à nous parler, à exprimer notre solidarité, à se sourire, s’échanger des regards. Il est urgent de revenir à l’essentiel. Et au final l’essentiel c’est d’aimer. Il est également urgent de faire de la philo, de la théologie, de mettre de la culture au milieu de cette ignorance. Il est urgent de mettre de la lumière dans les ténèbres.
Il y a urgence aussi à se sentir ensemble, à agir ensemble, à nous battre ensemble. Ensemble, c’est un mot que l’on a beaucoup entendu ces jours ci. Ensemble, chrétiens et musulmans, unis.

Selon moi, nous assistons en direct-live (sur toutes les antennes) à la fin d’une époque. Avec la gravité de ces événements, nous allons sortir de l’égoïsme, du chacun pour soi, de la course au profit. Mais la fin d’un monde suppose le début d’un autre. Nous allons très certainement, malheureusement, traverser de très lourdes épreuves. Mais nous allons aller vers quelque chose de beaucoup mieux que ce que nous connaissons, quelque chose d’extraordinaire. Je pense que nous allons revenir à notre cœur. Nous allons retrouver ce qui fait la merveille de notre humanité. Et ce que nous avons vu avec #porteouverte, avec les hôpitaux qui ont réquisitionné au dernier moment, eh bien ce n’est que le début également de cette vague d’amour qui va submerger notre pays.

Vous allez me dire que ce type d’élan de solidarité n’a qu’un temps… Là je vous dis que cela sera quelque chose de profond. Quelque chose d’enraciné, de solide, que personne ne pourra détruire pas même les terroristes les plus déterminés. Un tsunami sans précédent, tellement fort qu’il ne pourra s’arrêter. Et c’est assez ironique finalement car les djihadistes vont créer malgré eux exactement l’inverse de ce qu’ils escomptaient. Ils espéraient de la haine, ils auront de l’amour, ils pensaient nous détruire, ils vont nous rendre encore plus vivants.
Et cette vague sera tellement forte, qu’au final, elle pourrait bien finir par les emporter. Car rien n’est impossible à Dieu.

Retour vers le futur, ou pas !

Retour vers le futurEn ré-écoute sur le site de Radio Notre-Dame en cliquant ici !
Cette « retour vers le futur mania » qui a parcouru le web ces derniers jours m’a beaucoup amusée. En effet, mercredi 21 octobre 2015 était un jour très attendu, non par parce que c’est l’anniversaire de mon baptême, mais car c’est la date à laquelle arrivaient dans le futur les deux héros du film Retour vers le futur. C’est assez étonnant de voir ce qui avait été prédit par le film, et ce qui s’est effectivement produit et ce qui ne s’est pas (encore) réalisé. En fait on parle beaucoup de futur, mais j’ai vu surtout dans ce phénomène une forte nostalgie, de ce film des années 80. Et au contraire de nous tourner vers le futur, cela nous avons plutôt assisté à un retour vers le passé. Et ce phénomène me semble très fort actuellement : retour vers les choses anciennes, les meubles vintage, la mode du rétro etc. Comme si le passé avait quelque chose de rassurant dans un monde où tout paraît incertain. Sans parler de tous ceux qui se morfondent en pensant que c’était mieux avant, et qui regrettent la France (fantasmée) de leur enfance.

Sommes-nous alors incapables d’avancer ? C’est sûr, si l’on regarde en permanence derrière nous, ça ne va pas être évident. Il y a donc un juste équilibre à trouver pour tenir la main d’hier tout en prenant celle de demain. D’où l’importance de connaître le passé, de corriger les erreurs pour inventer l’avenir. Tout ce qui est bon du passé, il s’agit de le transformer au lieu de le ressasser comme un vieux vinyl dans son mange-disque. Au bout d’un moment il finit par se rayer de ne plus être audible. Selon moi, le futur, c’est le passé augmenté. Je fais partie de ces gens qui pensent ce sera mieux après.

Il semble que tout est fait pour que l’avenir nous fasse peur : le réchauffement climatique, le catastrophisme, le fait que nous allons être de plus en plus nombreux sur terre. Le futur semble être teinté de noir et de pessimisme. Est-ce que l’on peut imaginer aujourd’hui comme l’on fait les scénaristes de Retour vers le futur un avenir meilleur dans 30 ans ? Vers quelle forme de meilleur voulons-nous aller ? Quelles sont les priorités ? L’argent doit-il rester notre objectif numéro 1 ? Est-ce le plaisir ? Le confort ? Le progrès technique ? Ou bien plutôt l’amour ? La relation ? L’être humain ? En fait je me demande si préparer l’avenir ce n’est pas finalement simplement vivre à 100% le présent. Car l’avenir se décide aujourd’hui, par nos choix du quotidien tout en gardant à l’esprit d’où l’on vient et où l’on va. Il y a des choix fondamentaux à poser pour inventer le scenario d’un retour vers le futur en 2045. Reste à savoir lesquels.

Sylvie

 

France : de la violence dans l’Air

@Flickr Doug
@Flickr Doug

Version audio diffusée sur Radio Notre Dame :

S’il est difficile de justifier l’arrachage de chemise du représentant RH par les salariés d’Air France, il est toujours possible d’essayer de le comprendre.

Lorsque vous n’êtes qu’un numéro dans une multinationale ou lorsque l’on vous annonce un plan social alors que l’entreprise fait des bénéfices, on peut comprendre qu’au bout d’une moment l’on puisse s’énerver. La colère peut être légitime lorsqu’elle est déclenchée par l’injustice, la perte de dignité. etc. Et une colère peut être saine pour faire changer les choses. Le problème, c’est lorsqu’elle dégénère en violence. On entre alors je pense dans un cercle vicieux de surenchère qui au final s’avère stérile. Personne n’est à l’abri. Cet été pour vous raconter une anecdote, j’étais à un concert, et vous savez on est serré, on a besoin d’un peu d’espace et le ton est monté avec ma voisine qui a fini par m’agresser verbalement. Cela m’arrive vraiment très rarement, mais il est monté en moi une envie de la frapper, mais quelque chose de fort. J’ai réussi à me calmer grâce à la Communication Non Violente et parce que le concert était super. Donc ces forces intérieures de destruction, elles sont en nous, elles sont latentes, et peuvent être exacerbées par un environnement hostile. Et voilà ce que ça donne.

Mais cette violence n’est-elle pas tout simplement le reflet de notre société ?

Je le crois en tout cas, et c’est encore un paradoxe complètement français. Tout le monde s’est scandalisé de cet arrachage de chemise, parce que c’est vrai, on attend autre chose de la part d’une société dite « civilisée ». Je rappelle tout de même que l’on mange de la guerre à tous les repas, que l’on nous sert du règlement de compte à toutes les sauces, sans parler des faits divers, des fusillades ou des enfants passés dans la lessiveuse. On se demande presque s’il n’y a pas un Ministère invisible du stress et de l’agressivité, qui aurait recommandé 5 scènes de violence et de haine par jour, histoire d’altérer notre bien-être.

C’est véritablement à un changement de société que nous appelle ce type d’événement. Ce n’est jamais évident de s’attaquer à la racine du mal, parce qu’il faut pour cela aller au fond de soi-même (et tout le monde n’est pas spéléologue). Cela peut passer par un travail sur soi pour certains. Ensuite, je crois beaucoup à la CNV, Communication Non Violente, qui permet à partir des faits, d’exprimer ses émotions et de voir en fonction, les besoins qui ne sont pas remplis. Le fait de verbaliser son mal être est fondamental. Et pour terminer, peut-être aussi tout simplement que la solution est de se tourner vers Dieu, pour qu’Il puisse transformer cette violence en bienveillance, et en amour. Et lui dire notre impuissance car compter sur nos propres forces me paraît très difficile pour lutter contre cette colère qui peut nous habiter et qui est totalement humaine. Ah oui, faire du sport aussi ça peut aider 😉

L’Arabie Saoudite, la France, toi et moi

Arabie Saoudite

L’Arabie Saoudite « a été élue Présidente du groupe qui nomme les experts du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies ». Au début en voyant cette information, j’ai cru comme beaucoup à une (mauvaise) blague mais non, il s’agit bien de la réalité. Vous allez me dire, ce n’est pas comme si l’Arabie Saoudite était l’un des pires pays en matière de droit de l’homme. Je me pose juste la question de savoir ce qui lui vaut une telle reconnaissance de son expertise dans le domaine…
Est-ce pour avoir décapité depuis le début de l’année une centaine de personnes en place publique ?
Ou en raison des flagellations de blogueurs ou d’opposants qui tentent d’exprimer une opinion à l’encontre du régime.
Ou est-ce pour son exemplarité en ce qui concerne le droit des femmes, qui doivent demander l’autorisation d’un tuteur masculin pour voyager, se marier, faire des études…
Ou alors, est-ce en raison de la restriction de la liberté religieuse ?
Peut-être est-ce l’accumulation de ces mérites qui lui vaut aujourd’hui l’honneur de nommer des experts auprès du Président du Conseil des droits de l’homme.

Là où je reste scotchée sur ma chaise, c’est du fait que cette longue liste ne pose absolument aucun problème à la France sur le plan éthique. Nous continuons d’être leurs alliés, de leur vendre des armes etc. Bien tranquillement. Ah oui, j’oubliais un point important, pardonnez-moi mais où avais-je la tête. Nous avons un intérêt là-dedans : l’argent ! Les droits de l’homme ne nous intéressent finalement pas tant que ça, tout dépend du portefeuille de l’interlocuteur et des enjeux financiers qu’il y a derrière. Donc voilà à nouveau la France dans toute l’étendue de son paradoxe.

Il est vrai que cette décision de l’ONU peut nous faire dresser les cheveux sur la tête, mais elle peut aussi nous renvoyer à nous-mêmes. Est-ce que nous ne sommes pas parfois dans le paradoxe ? Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais. Est-ce que nous n’avons pas tendance à travestir un peu la vérité, histoire d’être tranquille ou d’arriver à nos fins.

Donc finalement, s’il faut trouver un aspect positif à cette décision – il faut bien, sinon c’est à désespérer – c’est qu’elle peut nous permettre de nous remettre en question, et nous inviter à corriger nos propres contradictions. Aïe ! J’en entends certains à qui cela fait déjà mal. Rassurez-vous, nous ne sommes pas seuls dans ce combat. Il est possible de faire appel à Dieu. Lui seul peut éclairer nos consciences, rendre droit nos chemins courbes, cohérente notre vie. Je suis sûre que l’unité intérieure est possible, et si nous la vivons, alors nous pourrons faire de grandes choses, pour le respect des droits de l’homme.

Chansons douces

Vous avez sans doute constaté ces derniers temps que la musique chrétienne en France commence sérieusement à prendre son envol, l'oisillon est sorti de sa coquilles, ses ailes semblent soudainement pousser, et il va bientôt décoller. Pour dire à quel point il était temps, il faut savoir que dans des pays comme les Etats Unis, il existe depuis des années des bacs entiers dédiés à la musique chrétienne. En France bien entendu les Glorious ont ouvert la voie et ils poursuivent leur route aujourd'hui avec notamment un nouveau clip sorti récemment "Notre Père". En musique pop il y a également le groupe PUSH, également dans le rock chrétien. De manière plus commerciale on avait vu également apparaitre le groupe des Prêtres, qui sortent un nouvel album et l'Album Vivre d'amour composé par Grégoire interpreté notamment par Angoon et Natasha Saint Pier chantant les poèmes de Sainte Thérèse.

Mais tout semble s'être accéléré en cette fin d'année 2014 avec notamment je pense l'effet Soeur Cristina, celle qui a remporté The Voice en Italie. Dans son sillage, toujours chez Universal, le chanteur Grégory Turpin fait une percée remarquable avec son album "Mes racines" qui reprend tous les chants que nous connaissons bien mais remixés et actualisés, c'est un vrai bonheur, et un beau cadeau pour Noël. Mais à côté des têtes de gondole, on trouve d'autres chanteurs, dans des styles très différents et je ne pourrai pas les citer tous : en reggae les Guetteurs, en slam le chanteur Emile, en musique plus classique les Dei Amoris Cantores, Soeur Anne-Elisabeth également qui chante Ste Thérèse ou encore le petit groupe Lux Vivens qui en ce moment cherche des financements pour leur nouvel album. 

Jérôme Anciberro dans un article a parlé de compote pour tous, et d'aspect sirupeux de cette musique. On peut ne pas aimer le style de musique, la voix de certains chanteurs, mais perso je tire mon chapeau à tous ceux qui osent, qui ont reçu un talent et qui font le choix de le mettre au service de Dieu. Parfois ce sont des années de galère, de salles difficiles à remplir, de problèmes financiers.  Ils ont sans doute encore à progresser, à se professionnaliser pour certains, mais ils y vont avec joie et audace, et c'est remarquable. Ces artistes chrétiens nous prouvent que la persévérance paie et qu'en plus, ils ont un public. Si Soeur Cristina a un tel succès, c'est bien qu'il y a une attente, une quête de sens, une soif de spiritualité. Et si ces chanteurs peuvent apporter cela à notre monde, alors Dieu soit loué. Alors un grand bravo à tous, surtout continuez, et ne baissez pas les bras, cette musique c'est celle d'aujourd'hui, mais c'est aussi celle de demain. Et puis après tout, un peu de sirop, de sucrerie, de douceur, en cette période de déprime, n’est-ce pas ce dont nous avons le plus besoin ? Joyeux Noël à tous !

Sylvie

Visite du pape en France : temps attendu

La version audio c'est par ici, il faut passer trois minutes : Radio Notre-Dame.

Dès l’annonce de la venue du pape François en France, on a vu apparaître sur les réseaux sociaux une page Facebook « Visite du pape en France », lancée par un groupe de jeunes dynamique pour préparer cette visite pontificale. Il faut dire que cette venue était très attendue. Rappelons-nous en janvier dernier, lors de la visite du Président Hollande au Vatican, une pétition avait été lancée sur Internet pour demander au pape de venir en France. François (Hollande) avait d’ailleurs invité François à venir en France. A Rome en avril dernier, en étant près du podium, et me retrouvant à portée de voix du Saint Père, une seule phrase m’était venue à crier  : "Vieni in Francia !" repris en choeur par les Italiens autour de moi : "Viens en France !" Résultat ça a plutôt bien marché puisque le pape vient à Strasbourg mardi 25 novembre et revient en 2015 (ne me remerciez pas).

Ok, le pape vient en France mais où ? L’équipe "Visite du pape en France" a eu l’idée d’interroger les internautes pour savoir où ils aimeraient que le pape se rende. Ils ont le choix entre 31 lieux, en particulier des lieux spirituels. Devant le succès de cette opération, plusieurs sanctuaires se sont manifestés pour faire partie de la liste, 12 ont été ajoutés récemment. Vous pouvez donc voter (en likant) pour Notre-Dame de Paris, le sanctuaire de Rocamadour, Le Puy en Velay, le Mont Saint Michel, Vezelay et bien d’autres encore. La presse locale s’est emparée de cette initiative pour faire remonter les sanctuaires de leur département. Ce qui a frappé dans sondage révèle de manière flagrante la place de la Sainte Vierge dans notre pays, avec notamment des lieux d’apparitions mariales. Nous fêtons d’ailleurs aujourd’hui la présentation de Marie. Tout le monde connaît Lourdes et la rue du Bac, mais on ignore souvent que la Vierge est également apparue à Pontmain, à Pellevoisin, à la Salette, à l'Ile Bouchard et à Notre-Dame du Laus. Et c’est ce lieu qui emporte le plus de likes sur Facebook, l’occasion d’en savoir plus sur son message. C’est à une bergère, Benoîte Rancurel, que la Vierge apparaît pendant plusieurs années au XVIIe pour lui donner un message de réconciliation et de conversion. Il me semble donc que le choix des internautes est peut-être guidé par la Providence, pour faire connaître ce message et ce lieu ! Pour moi cette mobilisation révèle aussi le rôle et la mission particulière de la France parmi les nations. Il faut tout de même rester conscient que ce vote n’influencera pas le choix du pape, même si les trois « gagnants » seront communiqués au Vatican.

Qu’attendre de cette visite du pape ? Je trouve déjà dans un premier temps très important de l'attendre tout simplement. Cette initiative sur Facebook nous invite à préparer nos cœurs à cette rencontre, et elle ne sera que plus féconde du fait d’avoir été attendue et désirée. Il me semble que le pape François peut venir nous réveiller. Jean Paul II l’avait déjà fait, François pourra renouveler cet appel et provoquer un choc salutaire et bénéfique pour notre pays. C’est une chose de voir le pape François à la télé, c’est est une autre de le voir en réalité. Il a une capacité incroyable à entrer en interaction avec la foule, à parler au cœur, avec des mots simples. Pour terminer rappelons que le pape François sera en France cette semaine, puisqu’il se rend au Parlement Européen et au Conseil de l'Europe mardi prochain. L’équipe « Visite du pape en France » propose de suivre les discours sur Twitter via le hashtag #PapeEurope.

Enfin voici mon tiercé gagnant pour la visite de 2015 : en premier Marseille évidemment, Notre-Dame de la Garde, avec mes origines méditerranéennes, c’est pour moi incontournable, ville ouverte sur le monde, ville de métissage, ville qui souffre. Et puis de manière plus classique, deux de mes sanctuaires préférés : Lisieux car je suis une grande fan de Thérèse et Lourdes, cela va sans dire. Et vous avez-vous fait votre choix ?

Sylvie

France Algérie : des mots pour des maux

Nous avons commémoré la semaine dernière l’entrée dans la guerre d’Algérie, en 1954 il y a 60 ans, un anniversaire presque passé inaperçu. Qui aujourd'hui en France s'intéresse réellement à l'Algérie ? Qui, hormis les pied-noirs et leurs descendants, hormis ceux qui ont combattu, hormis les harkis et les Français qui en sont originaires qui se soucie de ce pays ?

Avec une grand-mère pied-noir, j'ai comme reçu en héritage, inconsciemment(?), à la fois une attirance, un attachement, oserais-je dire un amour pour ce pays de douceur et de miel, et une déchirure, celle du rapatriement. Cet amour a véritablement éclos et trouvé son sens en 1996 lors de la mort des moines de Tibhirine restés, après l'Indépendance, par amour de l'Algérie et du peuple algérien. J'ai été particulièrement bouleversée par cet événement et j'ai alors compris cette présence comme le symbole d'une possible cohabitation entre chrétiens et musulmans, d'égal à égal. Leur mort violente n'a rendu que plus fort le message de paix qu'ils ont incarné et qu'ils ont malgré tout semé.

L’Histoire entre nos deux pays semble comme une plaie béante, sur laquelle personne n'ose se pencher. Personne ou presque. Deux femmes, Karima Berger et Christine Ray, nées de part et d'autre de la Méditerranée, ont commencé un travail méticuleux et chirurgical. Dans ce livre Toi, ma soeur étrangère, elles mettent un baume réparateur, par leurs mots, elles pansent les blessures mutuelles. N'évitant aucun sujet tabou, elles retissent par leurs échanges sans langue de bois, la toile déchirée. Elles reprennent le fil, défont les noeuds. Elles se comprennent, se reprennent, convoquent les grandes figures du passé, retracent les drames, les vols, la méfiance, l'ignorance, la violence, le mépris… Elles réparent. Leurs paroles apaisent. A les lire, j'ai eu cette impression terrible que les deux peuples étaient passés l'un à côté de l'autre, sans se comprendre, sans se découvrir.

Mais est-il trop tard pour que le passé s’apaise ? Les deux écrivains nous prouvent que non, que le chemin vers la connaissance de l'autre est possible. Une reconnaissance qui passe par un partage culturel, philosophique et spirituel. Et s'intéresser à l'autre, n'est-ce pas s'intéresser à soi ? Connaître l'histoire de l'Algérie, c'est aussi comprendre la France d'aujourd'hui, et nos concitoyens musulmans. Je pense que nous avons un immense travail de réconciliation à faire, avec ce pays, qui est un peu comme notre jumeau de l’autre côté de la Méditerranée. Il faut le mener à bien pour les jeunes d’origine maghrébine qui vivent en France et qui sont perdus entre deux cultures. Des pardons mutuels sont à donner. Et pour cela les écrits des frères de Thibirine peuvent nous aider, pour voir au-delà de la souffrance. Et si l’histoire est parcourue de drames, il est bon aussi de se souvenir qu’il y a eu de belles histoires d’amitié avant l’indépendance, et qu’il est vital de ne pas l’oublier, pour construire l’avenir.

Algérie- France, France- Algérie : comme le dit Karima Berger : "Notre destin est commun". Car aimer la France, c’est aimer l’Algérie et vice versa.

Sylvie

Inch’All’Apôtre

La version audio sur Radio Notre-Dame, elle fait partie du Top 10 
Le film l'Apôtre raconte la conversion d'un musulman au christianisme, donc dès le pitch on sent bien que le sujet va gratouiller. Raison de plus pour aller le voir. Tout d'abord, j'ai beaucoup appris sur les musulmans à côté de qui nous vivons et que finalement je ne connais pas ou très peu. On découvre une communauté d'hommes et de femmes, qui prient, qui s'instruisent, qui travaillent qui vivent, qui aiment. J'ai aussi appris sur le Coran : ce qu'il dit de la polygamie (les hommes doivent traiter chaque femme équitablement), la question de l'aumône, la zakât, qui ne peut être faite qu'entre musulmans, leur sens des traditions, leur hospitalité etc. Quelque chose de terrible est également présenté dans ce film : un musulman ne peut pas se convertir au christianisme, c'est absolument impensable. Dans certains pays, les convertis risquent même leur vie. On découvre ainsi le poids de la communauté, le poids du regard des autres, du jugement etc. Et puis, ce film c'est aussi la joie d'entendre parler arabe, la plus belle langue à mon avis pour parler à Dieu.

Alors, abordons sans tarder LA question qui fâche : est-ce un film prosélyte ? C'est sûr, ce film ne laisse pas indifférent. Plusieurs personnes sont d'ailleurs sorties de la salle, car le message sur le christianisme est particulièrement cash : on y parle de Jésus fils de Dieu, de Jésus Sauveur, de Jésus amour. La figure du prêtre est particulièrement saisissante : il accueille, il écoute, il entre en dialogue. Il est rarissime de voir ainsi l'Eglise présentée dans un film : sans caricature, juste telle qu'elle est. Chapeau à la réalisatrice. Donc non, ce n'est pas un film prosélyte même si le retournement du jeune Akim et ses propos extrêmement engagés peuvent choquer. Mais j'ai un ami qui était musulman qui s'est converti au christianisme je peux vous assurer que son enthousiasme est le même : il parle de Jésus qui le sauve, et parois il nous reproche de ne pas être assez convaincus, d'être trop tièdes, d'être dans la peur. Et ces jeunes musulmans qui se convertissent viennent nous déranger, car il ont fait une rencontre avec Jésus extraordinaire, qui a changé leur vie, et c'est pour nous un témoignage très puissant.

Enfin, j'ai été particulièrement touchée par l'amitié et l'amour qui règnent dans ce film. L'amitié tout d'abord entre Akim et Fabien, grâce à qui indirectement, Akim va rencontrer le Christ. L'amour surtout qui règne dans cette famille musulmane, entre les parents et les enfants, entre la fratrie, la relation des deux frères par exemple est magnifique. C'est sans doute cela qui compte dans ce film, au delà de nos différences, de nos cultures, de nos religions, l'amour qui dépasse tout. Sans être bisounours, en restant réaliste, la réalisatrice réussi le tour de force de nous faire passer ce message. Mais l'amour n'est possible que s'il respecte la liberté. Et en cela le film trouve sa puissance, car c'est sans doute l'expérience fondamentale que vit Akim : li est libéré. Ensuite il y a bien évidemment le pardon, car pas d'amour sans pardon et le rôle fondamentale de la prière. Bref un film qui peut déranger mais qui permet de penser que vivre ensemble est possible. Inch’Allah !

Sylvie

PS : en sortant de la séance, nous sommes tombés sur Touffik Kerwaz, qui joue le rôle de l'imam. Tellement crédible sans son rôle que j'avais encore l'impression de parler au personnage du film. Dans la vie civile, il ne connait pas le Coran par coeur 😉 En tout cas bonne nouvelle, il est partant pour #LightForIraq.
Pour en savoir plus sur le film, rendez-vous sur le site de Cheyenne Carron.