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Ne pas se couper du monde

juin 20th, 2014 Publié dans Actualité Tags: , , , , , ,

Version audio sur Radio Notre-Dame, il manque le début mais bon…

Si on m'avait dit il y a quelques temps que j'allais connaître presque toute la composition de l'équipe de France grâce au Jour du Seigneur (c'est là où je travaille) j'avoue que j'aurais eu du mal à le croire. En effet, pour faire la promotion d'une émission consacrée au foot, je me suis intéressée à la Coupe du monde. Moi qui suis excédée par le moindre multiplex et zappe dès que j'entends le Moscato Show ou On refait le match. C'est amusant de voir que l'on peut évoluer et je pense aujourd'hui à tous ceux qui se disent que l'on va manger du foot à tous les repas, et à toutes les sauces et qui en ont par avance marre de la Copa del Mundo. Eh bien, je pense que c'est passer à côté de la joie d'un moment populaire qui a son charme. D'ailleurs le pape François a lui même exalté les valeurs du foot en souhaitant à tous une bonne Coupe du monde. On peut se réjouir de cette compétition internationale, qui nous rassemble, qui nous galvanise, qui permet à des tas de gens de se rencontrer. Lorsque la France joue, se perçoit comme un sentiment de fraternité que l'on ne voit que pendant les Coupes du monde. On a même envie d'aller embrasser son voisin de pallier à chaque but ! C'est donc important je pense de s'associer à cet enthousiasme et de ne pas se "couper du monde".

Mais ce ciel n'est pas sans nuages. La Coupe du monde n'est pas seulement un moment de ferveur populaire mais un immense business. Les évêques du Brésil ont d'ailleurs dénoncé l'expulsion de familles pauvres pour construire des stades. Et la révolte sociale qui gronde au Brésil est légitime. Beaucoup d'argent a été dépensé pour des infrastructures qui ne serviront quasiment plus, alors que le pays a de gros manque en termes d'hôpitaux et de système éducatif. J'ai eu la chance d'aller à Rio l'an dernier pour les JMJ : ils étaient en train de monter d'immenses palissades le long de l'autoroute entre l'aéroport et la ville pour que les supporters du Mondial ne voient pas l'étendue des favelas. Pendant toute la Coupe du monde, les vendeurs à la sauvette ne pourront pas aller travailler sur les plages, cela pour privilégier les ventes des sponsors. Cela révèle malheureusement que l'argent a pris le dessus sur le sport et sur les hommes. Quand on sait que le coût du mondial s'élève à 11 milliards de dollars, cela laisse songeur.

Il ne nous reste plus qu'à souhaiter que les valeurs de fraternité, de respect, de solidarité véhiculées par le foot puissent un jour aider à construire une société plus juste. Mais encore faut-il que ces valeurs soient réellement vécues et qu'elles ne soient pas perverties par l'appât du gain au mépris des pauvres. J'ai mon petit espoir. Je pense à la conscience des joueurs, qui un jour seront sans doute aux commandes des grandes instances. Certains parmi eux sont chrétiens, évangéliques mais il y a aussi des catholiques, Yohan Cabaye, Mathieu Debuchy, Olivier Giroud, Rémy Cabella. Une nouvelle génération est peut-être en train de se lever, une génération qui aura plus d'éthique et qui n'oubliera pas, une fois au pouvoir, les pauvres et les petits.

Sylvie

Ledit Day

juin 12th, 2014 Publié dans Actualité Tags: , , , , , , ,

A-t-on réellement pris la mesure de ce qui s'est passé le 6 juin dernier ? Personnellement, ce n'est que le lendemain que je me suis aperçue que c'était la dernière fois que cette commémoration avait lieu en avec autant de vétérans. Pour les 80 ans, ils ne seront plus aussi nombreux, d'où l'émotion suscitée particulièrement cette année, par la réunion de tous ces anciens et courageux combattants, en présence de 19 chefs d'état.

Alors que faut-il retenir de cet événement exceptionnel ? J'ai peur que certains ne se soient arrêté sur le chewing gum d'Obama et le pantalon trop long de François Hollande. Alors, si jamais les présidents ou leurs collaborateurs passent sur ce blog – sur un malentendu ça peut toujours marcher – s'il vous plait, faites en sorte de soigner la forme, pour que l'on se concentre sur le fond. N'ayant pu suivre la totalité des cérémonies, je m'attacherai donc, non pas aux gaffes protocolaires des uns et des autres, mais à deux discours. En premier lieu, celui de Barack Obama dans le cimetière américain de Colleville, dont je retiendrai deux passages. Privilège des Américains de pouvoir parler sans complexe de foi et de religion, le président des Etats-Unis a souligné un passage de l'Histoire que j'ignorais : #DDay, "le président a demandé à son peuple de prier et à ses citoyens de faire un sacrifice pour que cette invasion soit possible". Cette épisode ne peut que nous rappeler la puissance de la prière et en ces temps tragiques pour les peuples du Proche et du Moyen-Orient et conforter le pape François dans sa démarche de prière pour la paix. Le débarquement soutenu par une force spirituelle, voilà une façon bien étonnante et bien irrationnelle de relire l'Histoire. Deuxième point du discours d'Obama : la question centrale de la mémoire. "Nous l'oublierons pas, nous ne pouvons pas oublier, nous ne devons pas oublier". Voilà peut-être le cœur de ces cérémonies de commémoration. Nous ne serions pas là à écrire et à commenter sur des blogs, si des hommes n'avaient pas donner leur vie pour notre liberté, et cela doit rester indélébile. Enfin, et cela est dans la suite logique, je retiens le discours de François Hollande à Ouistreham, que j'ai trouvé assez brillant. Difficile de résumer les vingt minutes mais le point essentiel, me parait être le MERCI, qu'il a chaleureusement exprimé à tous les représentants présents* :

"Je veux au nom de la France saluer fraternellement ceux qui sont présents aujourd’hui. Merci d’avoir été là un été 44, merci d’être toujours là le 6 juin 2014 et vous serez toujours, là, ici, présents par votre esprit sur ces plages du Débarquement.
Je veux exprimer ma gratitude à tous les combattants qui ne sont plus, américains, britanniques, canadiens, australiens, néo-zélandais, polonais, belges et toutes les nationalités engagées avec les alliés. Tous ont servi l’humanité et si nous pouvons aujourd’hui vivre en paix, si nous pouvons vivre en sécurité, si nous pouvons vivre en souveraineté, protégés par les lois que nous avons voulues, c’est grâce à ces hommes qui ont donné leur vie. Et je l’affirme ici sur cette plage, la reconnaissance de la République française ne s’éteindra jamais."

Penser à tous ceux qui se sont battus en Normandie m'arrache les larmes. A l'heure où l'Irak est feu à sang, à l'heure où la situation en Syrie se détériore tous les jours, puissions-nous ne pas oublier… que la paix est possible.

Sylvie

* : en oubliant cependant de citer les Africains
© Pierre C. prise lors des Commémorations avec les délégations canadiennes. Vidéo complémentaire coming soon

Irak mon amour, bis*

juin 11th, 2014 Publié dans Actualité Tags: , , , , , ,

Lettre d'un religieux de Mossoul (Irak) réfugié à Qaraqosh publié sur La Croix.com. Il s'agit d'un appel à la prière, à relayer !

« Je vous écris depuis Qaraqosh, dans une situation très critique et apocalyptique de violence à Mossoul. Plusieurs milliers d’hommes armés des groupes islamistes de Da’sh (État islamique en Irak et au Levant, ad-Dawla al-Islāmiyya fi al-’Irāq wa-sh-Shām en arabe) ont attaqué la ville de Mossoul depuis deux jours. D’après les chiffres non officiels, plus de 300 véhicules et 7000 hommes armés et masqués y sont entrés dans la nuit de lundi à mardi dans la ville, et la dominent aujourd’hui.

La plupart des habitants de la ville ont déjà abandonné leurs maisons et fui dans les villages où ils logent à la belle étoile, sans rien à manger ni à boire. Les groupes islamistes assassinent petits et grands. Les cadavres, d’après les témoins, se comptent par centaines. Ils sont abandonnés dans les rues et dans les maisons sans pitié. Les forces régulières et l’armée ont fui elles aussi la ville, ainsi que le gouverneur Al Nujaifi. Plus de trois mille familles, chrétiennes et musulmanes, ont déjà quitté la ville vers les villages de Tel Keif, Bartella, Qaraqosh et autres.

Qaraqosh est envahie par les réfugiés de toutes sortes, sans nourriture et sans logement. Aux check points, les forces kurdes empêchent les vagues innombrables des réfugiés d’entrer au Kurdistan. Les forces kurdes, les peshmergas, protègent jusque-là les villages dans les zones disputées (entre Kurdes et Arabes, NDLR) de la province de Ninive. Ce que nous vivons et ce que nous voyons depuis deux jours est horrible et catastrophique.

Le couvent de Mar Behnam, à l’est de Qaraqosh, est tombé ce matin entre les mains des rebelles. Un seul moine, le père abbé, est resté sur place ! Les voici, on les voit tout près du côté ouest de notre village de cinquante mille habitants. C’est la grande panique dans les familles… Les enfants sont traumatisés. Plusieurs centaines de familles réfugiées sont entrées à Qaraqosh, ou se dirigent vers Erbil, épuisées et sans abri… Priez pour nous. Désolé, je ne peux plus continuer à vous écrire… »

*bis parce que ce sujet me préoccupe depuis quelques temps

Pape François : l’ho visto !

avril 29th, 2014 Publié dans Actualité Tags: , ,

Après l'avoir désespérément cherché à Rio (poke @lemessin) j'ai eu la joie de voir le pape François mercredi dernier lors d'une audience, la preuve en images. En effet, je suis actuellement à Rome, où nous avons vécu dimanche un moment extraordinaire : la canonisation des papes Jean XXIII et Jean-Paul II. D'autres vidéos suivront, si j'arrive à trouver le temps de les monter. Un séjour ponctué de visites toutes aussi merveilleuses les unes que les autres et de rencontres providentielles, que certains pourront qualifier d'heureux hasards. Mais lorsque ces coïncidences se reproduisent plusieurs fois par jour, cela ne peut que poser question…
Ici, outre les glaces et les pizzas, chaque instant se savoure pour devenir une éternité de délices.

Sylvie, en direct de Rome

Panthéon, je dis non !*

février 28th, 2014 Publié dans Actualité Tags: , , , , ,

Pour écouter la chronique sur Radio Notre-Dame c'est par là

Aujourd'hui entrent au Panthéon quatre grands hommes (dont deux femmes) : Geneviève Anthonioz de Gaulle, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay. Franchement entre nous, qui a envie de finir ses jours au Panthéon ? Je ne vois pas de lieu plus triste et plus morbide. A côté, les catacombes de Paris ont des allures de fête foraine. Quoi qu'il en soit, il vaut mieux avoir fait une cure de vitamines avant d'y aller, et surtout ne pas être dépressif. Bref, en fait il vaut mieux être déjà mort. Ces quatre grands hommes et femmes vont donc quitter un cimetière, le ciel, les oiseaux, la nature et les saisons, la famille qui vient se recueillir tranquillement sur leur tombe, les fleurs… pour un caveau obscure et sans soleil. Entrer au Panthéon, c'est un peu mourir une seconde fois.

C'est aussi devenir un nom, parmi tant d'autres, devant lesquels les touristes américains et japonais ne s'arrêteront même pas, car niveau timing c'est un peu serré, et il faut quand même aller visiter le Louvre en deux heures et monter en haut de la Tour Eiffel. N'oublions pas également que le Panthéon est une église désaffectée, l'église Sainte Geneviève, qui n'a plus d'âme, plus de présence. De là à dire que c'est cela qui le rend triste, et austère, il n’y a qu’un pas. Le style pompeux du néoclassique n'aide pas beaucoup. Il suffit d'aller juste après à St Etienne du Mont pour se rendre compte de la différence d'ambiance avec un lieu "habité".

Tout à fait d'accord pour rendre hommage aux grands hommes, pas de problème. Même si c'est toujours mieux de reconnaître leurs mérites de leur vivant, quand cela est possible. Et il me semble que ce culte rendu par l'Etat, est éminemment spirituel. Faire entrer un homme dans la gloire, pour l'éternité, cela n'est pas sans nous rappeler quelque chose, qui aurait à voir avec le christianisme. Sauf, qu'il s'agit là d'une gloire qui reste horizontale et avec un petit g car la mort, pour le chrétien, c'est entrer dans la Gloire (avec un grand G), de manière verticale puisque c'est la gloire divine. Une autre différence intéressante, la République fait entrer des hommes dans le temple de tous les dieux (cf. éthymologie de Panthéon). Les grands hommes deviennent donc des dieux. La différence avec un chrétien, c'est que dans la mort, il est divinisé, il partage la vie de Dieu, qu'il soit enterré dans un cimetière de province, ou dans un monument bicentenaire, grand et glacial. 

Sylvie   

* : les fans des Inconnus auront reconnu l'allusion, et donc la suite de la phrase : "mais à la vie, je dis oui !" ;-)