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Sex toys, fast kiss et big n’importe quoi

Connaissez-vous le sex toy le plus répandu ? Réponse : la femme. Une polémique a vu le jour en début de semaine, pour condamner une vidéo, qui a pour titre "Comment embrasser une inconnue en 10 secondes". Le concept : un animateur d'NRJ, Guillaume Pley, a été filmé dans la rue, en train de relever un défi : poser trois questions à une fille, et au bout de la troisième, l'embrasser, hop direct. Consternant. La réaction du site Madmoizelle.com n'a pas fait long feu, et l'on ne peut que s'en réjouir. Prise de conscience collective que l'on ne peut jouer indéfiniment avec le corps féminin ? En effet, le blog titrait : "Pley, l'agresseur aux 2 millions de vue", estimant que le jeune homme a commis un délit, relevant de l'agression sexuelle.

En même temps je suis surprise de cette réaction car ce n'est tout de même pas une découverte. La femme objet de consommation, notre société en est pétrie à commencer par l'industrie de la pornographie sans parler de la publicité. Impossible de feuilleter un magazine sans avoir toutes les deux pages une femme lèvres entrouvertes, offerte au désir 7 jours sur 7, 24h sur 24. Et que dire des clips ! Qui aujourd'hui se révolte en voyant des rappeurs avec leur chaîne en or qui brille, entourés de bimbos silliconnées que l'on a plus de chance de croiser au bois de Boulogne qu'à un salon automobile ?

Deuxième point : Madmoizelle.com hurle à l'agression. Or avez-vous vu ces jeunes femmes sur la vidéo se débattre ou se défendre, esquiver le baiser ou envoyer une bonne gifle à leur "agresseur" ? Non. Elles se laissent charmer avoir par ce mec culotté et entreprenant. Elles ont même accepté la diffusion des vidéos. Donc, quelque part, elles participent elles aussi à ce jeu.

Troisième point : la même chose n'arrive-t-elle pas tous les soirs en boîte de nuit ? Certains hommes, certaines femmes aussi, ne sortent que pour "choper". Celles qui ne veulent pas le font savoir très vite. Alors oui, en technique d'approche, ça prend plus de 10 secondes : 3 minutes, 5, 10, 30 ? Au final le fond reste le même : se procurer un plaisir éphémère et satisfaire son égoïsme. La méthode "Guillaume Pley"  condense les étapes préliminaires et c'est cela qui choque. Le consentement n'est pas forcément exprimé, mais ne peut-on pas lire dans la réaction des jeunes femmes un "Pourquoi pas ?" "Je te plais, tu me plais, let's kiss !" Reflet parfait du "Tout tout de suite", règne intraitable de l'immédiateté. Après le fast-food, voilà le fast-kiss. Tout peut-il être ainsi mélangé, corps et coeur, sans dégâts collatéraux ? Je ne crois pas que l'on puisse vraiment trouver le bonheur, dans ce jeu des corps qui finalement ne laisse qu'un goût amer. D'ailleurs, à force de butiner partout et de passer de fleur en fleur, ne gâche-t-on pas sa capacité à aimer durablement ?

Alors, à quand la culture du slow kiss ? Celui que l'on attend longtemps et qui dure longtemps (pourquoi pas toute une vie) ? Le baiser qui se mérite, pour lequel il faut se battre, celui qui a du prix, celui que l'on donne et que l'on reçoit… celui qui veut dire "Je t'aime". La révolte sous-jacente de Madmoizelle est peut être là : revenir au véritable amour, celui auquel tout le monde aspire, y compris Guillaume Pley. Petit détail cependant, pour aimer en vérité, cela prendra plus de 10 secondes.

PS : l'auteur a tout de même fait amende honorable à l'antenne

photo : Sculpture de Canova, "Amour et Psyché", exposée au Louvre

9 Responses to “Sex toys, fast kiss et big n’importe quoi”

  1. Héloïse dit :

    Cette fois-ci, je n'ai rien à ajouter : ton article est très percutant et touchant ainsi écrit.
    Merci et à bientôt !

  2. Je ne suis pas d'accord du tout sur la "complicité" de ces jeunes filles… Ne pas se défendre ne signifie pas consentir ; certaines ont probablement été trop sidérées pour réagir (le phénomène est connu et documenté dans les cas de viol, lire par exemple ici : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/925105-une-victime-de-viol-qui-ne-se-debat-pas-ca-ne-veut-pas-dire-qu-elle-consent.html )
    La faute ne devrait jamais être reportée sur les victimes. Le salaud, l'agresseur, c'est ce Guillaume machin, et si ses victimes ont été trop sidérées ou n'ont pas su dire non à la diffusion ensuite (vu comment ce gars-là "obtient" un baiser, comment obtient-il une signature, vous pensez ? par la manipulation, tout juste !), il n'y a pas de faute de leur part.

  3. Merci pour ce billet !
    Qui ne dit mot ne consent pas : j'en ai parlé ici :) http://www.theologieducorps.fr/actualites/2013/10/qui-ne-dit-mot-ne-consent-pas

  4. @Héloïse : merci pour ce message :-)
    @Anna : merci pour votre passage sur mon blog. J'ignorais cette étude, très intéressante. En tout cas pour l'instant, à ma connaissance, les jeunes femmes filmées ne se sont pas exprimées. Difficile donc de parler pour elles. Reste que le consentement n'est pas explicite, d'où le caractère de "viol-ence" qui se dégage.
    @Incarnare : merci pour le lien

  5. 1. "Or avez-vous vu ces jeunes femmes sur la vidéo se débattre ou se défendre, esquiver le baiser ou envoyer une bonne gifle à leur "agresseur" ? Non"
    Donc déjà, si, y'a une fille qui cherche à esquiver et une autre qui lui met une gifle.
    Ensuite, l'absence de réaction de victime ne signifie pas qu'il n'y a pas agression. Quand on m'a volé mon mp3, je n'ai pas réagi, je suis restée bête sur le quai du métro. Et pourtant, ça n'a rien enlevé au fait que c'était bien un vol.

    2. Elles se laissent charmer avoir par ce mec culotté et entreprenant. Elles ont même accepté la diffusion des vidéos. Donc, quelque part, elles participent elles aussi à ce jeu.
    Passons sur le terme "charmer" que tu as si habilement barré.
    J'imagine la scène : Guillaume Pley réussit son coup. Débarque alors l'équipe technique (donc plusieurs personnes) pour expliquer la situation à la fille, lui dire que c'était une caméra cachée, et que "ha ha ha, c'était pour rire en fait !" et ce serait bien cool si elle pouvait signer l'autorisation de diffusion. Dans ces conditions (plusieurs personnes qui savent convaincre), je peux comprendre que certaines aient acceptées (mais on ne nous dit pas combien ont refusé). Surtout si on leur explique que "ce n'est qu'un baiser, ça n'a jamais tué personne).
    Un groupe qui influence une personne, je ne suis pas sure qu'on puisse parler de participation.

    3. la même chose n'arrive-t-elle pas tous les soirs en boîte de nuit ? : peut-être… et alors ? parce que ça arrive partout, il faut cautionner ce qu'il fait. Je dirai même que parce que ça se passe ailleurs, il faut dénoncer d'autant plus ce type de vidéo qui tend à justifier ces comportements.
    On ne critique pas le fait qu'il veuille tenter une approche. On ne critique pas lorsque ça fonctionne sur certaines et que certaines acceptent de l'embrasser. On critique le fait que lorsqu'une refuse, il l'embrasse de force ou l'insulte.

    4. Le consentement n'est pas forcément exprimé, mais ne peut-on pas lire dans la réaction des jeunes femmes un "Pourquoi pas ?" "Je te plais, tu me plais, let's kiss !"
    Celle qu'il embrasse de force et celle qui le gifle ont bien exprimé leur refus. Et ça ne lui a pas suffit. Il est passé outre et les a embrassées quand même.

  6. @Euki : Je n'ai pas dit qu'il ne fallait pas réagir, bien au contraire. Le sens de mon article est le suivant : le problème est bien plus large que cette vidéo minable. La vraie question est l'exploitation du corps féminin comme objet sexuel dans notre société. Et là y a du boulot, car tant que la femme sera présentée comme cela dans la pub, les clips, la pornographie etc. comment les hommes pourront-ils la voir comme autre chose qu'un sex toy ? Mais un début de prise de conscience est peut-être en train de se faire.

  7. Et pourtant l'article commençait bien… Mais passer d'un coup à "bah elle aurait pu réagir quand même !" puis "il est où le baiser du véritable amour", c'est dur dur. 
    La question n'est pas de savoir si c'est un geste d'amour ou pas et surtout la réaction des filles n'est en rien révélatrice du côté bénin de cette video. C'est une fichue agression !!! Et il a des milliers de femmes qui vivent ces agressions quotidiennement et qui ne disent rien et même qui en "rit" parce que c'est plus facile et moins douloureux. Et je les comprends. Quand tu vois ça tous les jours partout, tu finis par te dire que c'est toi qui sait pas plaisanter ! Et Madmoizelle fait bien de "hurler" à l'agression. Et tous ceux qui le font aussi. Et ce post qui a deux poids deux mesures qu'il va encore falloir gueuler un bout de temps avant que tous prennent conscience de la gravité de la situation.
    Ce post est vraiment maladroit même si je pense qu'il était loin de cautionner le harcèlement passif.

  8. philippe lhermet dit :

    Votre article est chocant. Pour vous être dans la rue et en boîte de nuit c'est pareil ? Si on ne se débat pas c'est que l'on consent ? Votre cher journaliste s'est bien gardé évidemment de publier ses coups ratés. Ce qui me choque le plus dans cette affaire c'est que le parquet n'est pas engagé de poursuite contre le journaliste et les responsables de la diffusion. Comment réagirez-vous quand votre fille vous racontera en pleurant ce qui lui est arrivé ?

  9. Bonjour,
    Je suis également choqué par ton article. Vaut mieux utilisé des sex toys au lieu d'agresser des humains à ce point.

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