Les Rameaux : mon chemin de croix

Version audio sur Radio Notre-Dame par ici !

A quelques jours de la messe des Rameaux je me dis mon Dieu, il va falloir y aller, et j'avoue que j'ai les pieds de plomb (oui cette année, j'ai décidé de ne pas la sécher). Il y a toujours beaucoup de monde. Je trouve qu'il y a beaucoup d'hypocrisie dans cette manière de faire, d'aller une fois par an à la messe pour faire bénir ses rameaux et de ne plus y retourner après… Une forme de superstition. Et manque de pot, c'est en plus l'une des plus longue de l'année. Personnellement je vis la lecture de la Passion comme une souffrance, c'est mon chemin de chemin de croix à moi. Cette lecture qui n'en finit pas ! Un peu comme si Dieu nous mettait à l'épreuve. Si vous allez à la messe des Rameaux et que vous restez jusqu'à la fin, alors je vous comblerai de grâces.

En même temps, la messe des Rameaux constitue un peu une métaphore de l'humanité. Il est clair qu'en terme de revival, elle est sans doute dans la liturgie catholique, la plus proche de la réalité qu'elle commémore. La foule acclamant Jésus à l'entrée de Jérusalem, se retrouve chaque année aux portes de nos églises.

Ces foules d'ailleurs se ressemblent fortement. Elles ont en commun une forme d'irresponsabilité. On imagine que certains se retrouvent à acclamer Jésus alors qu'ils ne l'ont jamais rencontré, qu'on leur en a vaguement parlé et qu'ils n'étaient pas loin à ce moment là. Donc oui on va à la messe des Rameaux, c'est une tradition, mais on ne sait pas trop pourquoi, on se retrouve là un peu sans avoir réfléchi.
Ensuite et surtout, il y a cet effet mouton de panurge qui caractérise l'être humain. On suit la masse, la foule, le courant. Tout le monde pense la même chose, on encense certains aujourd'hui pour en lyncher d'autres demain et ce qui s'est passé à Jérusalem est exactement la même chose qu'aujourd'hui. Ceux qui acclamaient Jésus seront quelques jours plus tard les mêmes qui demanderont sa mort. Le vent tourne, et en fonction, on crie avec les loups.

Finalement cette messe nous met face à notre responsabilité, face à notre liberté, face à nos choix, nos engagements. Alors, oui, je l'avoue, je vais avoir du mal à me rendre à la messe des Rameaux, et à être confrontée à mon humanité. Mais, reconnaissant que Dieu la transforme, je sais aussi qu'il faut passer par l'épreuve pour trouver la vie. En cela les Rameaux, sont déjà une préfiguration de la Résurrection.

Sylvie

Panthéon, je dis non !*

février 28th, 2014 Publié dans Actualité Tags: , , , , ,

Pour écouter la chronique sur Radio Notre-Dame c'est par là

Aujourd'hui entrent au Panthéon quatre grands hommes (dont deux femmes) : Geneviève Anthonioz de Gaulle, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay. Franchement entre nous, qui a envie de finir ses jours au Panthéon ? Je ne vois pas de lieu plus triste et plus morbide. A côté, les catacombes de Paris ont des allures de fête foraine. Quoi qu'il en soit, il vaut mieux avoir fait une cure de vitamines avant d'y aller, et surtout ne pas être dépressif. Bref, en fait il vaut mieux être déjà mort. Ces quatre grands hommes et femmes vont donc quitter un cimetière, le ciel, les oiseaux, la nature et les saisons, la famille qui vient se recueillir tranquillement sur leur tombe, les fleurs… pour un caveau obscure et sans soleil. Entrer au Panthéon, c'est un peu mourir une seconde fois.

C'est aussi devenir un nom, parmi tant d'autres, devant lesquels les touristes américains et japonais ne s'arrêteront même pas, car niveau timing c'est un peu serré, et il faut quand même aller visiter le Louvre en deux heures et monter en haut de la Tour Eiffel. N'oublions pas également que le Panthéon est une église désaffectée, l'église Sainte Geneviève, qui n'a plus d'âme, plus de présence. De là à dire que c'est cela qui le rend triste, et austère, il n’y a qu’un pas. Le style pompeux du néoclassique n'aide pas beaucoup. Il suffit d'aller juste après à St Etienne du Mont pour se rendre compte de la différence d'ambiance avec un lieu "habité".

Tout à fait d'accord pour rendre hommage aux grands hommes, pas de problème. Même si c'est toujours mieux de reconnaître leurs mérites de leur vivant, quand cela est possible. Et il me semble que ce culte rendu par l'Etat, est éminemment spirituel. Faire entrer un homme dans la gloire, pour l'éternité, cela n'est pas sans nous rappeler quelque chose, qui aurait à voir avec le christianisme. Sauf, qu'il s'agit là d'une gloire qui reste horizontale et avec un petit g car la mort, pour le chrétien, c'est entrer dans la Gloire (avec un grand G), de manière verticale puisque c'est la gloire divine. Une autre différence intéressante, la République fait entrer des hommes dans le temple de tous les dieux (cf. éthymologie de Panthéon). Les grands hommes deviennent donc des dieux. La différence avec un chrétien, c'est que dans la mort, il est divinisé, il partage la vie de Dieu, qu'il soit enterré dans un cimetière de province, ou dans un monument bicentenaire, grand et glacial. 

Sylvie   

* : les fans des Inconnus auront reconnu l'allusion, et donc la suite de la phrase : "mais à la vie, je dis oui !" ;-)

Selfie made man

février 14th, 2014 Publié dans Actualité Tags: , , , ,

 

La presse américaine suivie en France par les réseaux sociaux se sont émus de tweets envoyés par des journalistes accompagnant François Hollande dans son voyage aux Etats-Unis. En effet, certains se sont pris en photo devant le pupitre du porte parole américain, ou encore en selfie*, dans le salon ovale.  Beaucoup se sont offusqués d'un tel comportement, jugé digne d'une colonie de vacances. Le vrai cliché, n'est-ce pas cette forme convenue d'indignation ?

En soi, la première chose qui peut choquer dans cette histoire, c'est la mode des selfies. Alors, si on est choqué par les selfies des journalistes à Washington, on doit en tout être logique être choqué par les réseaux sociaux, lieu par excellence du moi et de ce que l'on appelle l'extimité. Donc dans ce cas-là il faut arrêter d'être sur Facebook et sur Twitter. 

Personnellement cette histoire me fait vraiment sourire, et je trouve malhonnête intellectuellement de tomber à bras raccourcis sur ces journalistes. C'eut été choquant s'il n'y avait eu que des selfies dans leur tweets, mais ces tweets rigolos sont perdus au milieu des dizaine de tweeds retraçant le voyage présidentiel. Et franchement, est-ce que nous n'aurions pas fait la même chose à leur place ? Vous êtes dans le salon ovale, cela n'arrive sans doute qu'une fois dans une vie, et vous ne prenez pas de photo ? Arrêtons l'hypocrisie ! Peut-être que se cache derrière une forme de jalousie. On aurait bien aimé être à leur place, et on les admire d'avoir osé. 

On avait avant le self made man, a-t-on désormais le selfie made man ? Le selfie qui permet  à l'homme d'exister ? En tout cas il fait le buzz, et il me semble que les selfies des journalistes français sont beaucoup moins ridicules que ceux fait par des adolescents américains avec notre président. Ces journalistes ont donc apporté un peu d'air frais dans cette visite guindée, ils nous ont fait sourire. Finalement n'est pas ce dont nous avons besoin ? Arrêter de se prendre au sérieux un instant pour rigoler un peu, au milieu des mauvaises nouvelles et de la morosité ambiante. Il me semble que c'est vraiment ce que les gens attendent, sinon on n'en parlerait pas autant.

Oui aux blagounettes, aux photos marrantes, même si elles sont égocentriques, elles nous font quand même sourire. Selfie partagé, à moitié pardonné ?

Sylvie

* autoportrait pris à bout de bras avec son appareil photo ou son smartphone

« J’étais en salle de presse du Vatican »

février 11th, 2014 Publié dans Religion Tags: , , ,

Il y a un an jour pour jour, le monde apprenait stupéfait la renonciation du pape Benoît XVI. L'onde de choc se répandit comme un trainée de poudre et allait entrainer les changements que l'on sait. Charles de Pechpeyrou était ce jour-là en salle de presse du Vatican, il fut l'un des premiers à apprendre l'historique nouvelle. 

Il nous raconte ce qui s'est passé ce 11 février 2013 et comment il a vécu cet événement historique.
(Désolée pour les bruits parasites)

Lien vers Soundcloud

Appel à manifester

janvier 31st, 2014 Publié dans Actualité Tags: , , , ,

Chronique à écouter également sur Radio Notre-Dame.

Le we dernier, j'ai lu sur les réseaux sociaux que lorsque l'on était catholique on ne pouvait pas participer au Jour de colère, parce que la colère ce n'est pas chrétien (bouh, pas bien !). Dans ces cas là il n'y a pas de catholiques gourmands, pas de catholiques jaloux… bref, les catholiques n'ont rien de bien humain. Il est évident que ce Jour de colère avait un côté extrême. La colère peut parfois être saine, mais si elle tombe dans la violence, et conduit à prendre des positions radicales alors il est clair qu'elle n'est plus constructive. Si la colère peut être un moteur pour l'action, elle ne peut le rester sur la durée, car elle endurcit les coeurs.

En ce qui concerne la Manif' pour tous prévue le 2 février je n'irai pas non plus. Il me semble quand on est arrivé au bout du bout du bout, et qu'il faut savoir s'arrêter et inventer d'autres formes d'action. Nous sommes arrivés à une impasse, on ne peut pas parler avec un mur (à moins d'avoir un sacré coup dans le nez). Il ne s'agit pas de faire demi tour mais de contourner ce mur, et d'être plus habile. Les démonstrations de rue n'ont pas prouvé leur efficacité ; le gouvernement a eu peur, très peur (quand on voit le nombre de CRS déployés quelques veilleurs…) et je pense que l'on n'obtient rien par la peur.

Par contre, je suis totalement pour les manif", mais d'autres formes de manifestations : des manifestations de joie, d' amour, d'empathie de compassion. Ce sont ces manifestations vécues au jour le jour qui pourront changer notre société. N'ayons pas peur de dire aussi notre mécontentement à nos élus, sachons nous manifester à eux ou trouver d'autres formes d'engagement dans la société. Alors voilà, à tous ceux qui ont un ressenti amer face au mépris du gouvernement, face aux injustices, face au non respect de la dignité humaine, j'ai envie de dire restez calme, et dispersez vous ! Et faites cette expérience de transformer votre colère en paix. L'avantage pour les chrétiens, c'est que tous ces combats sont gagnés d'avance. Ca évite de s'énerver.

Sylvie